Une base floridienne en pleine transformation
Depuis son aire de lancement historique LC-36A, au Cap Canaveral, Blue Origin mène de front deux chantiers distincts. Le premier concerne la remise en service de la rampe principale, endommagée lors de missions précédentes. Le second, plus ambitieux, vise à doter le site d'une infrastructure entièrement nouvelle : une deuxième plateforme de lancement, conçue pour répondre aux besoins d'une future déclinaison élargie du lanceur New Glenn.
L'entreprise fondée par Jeff Bezos a détaillé publiquement ce projet lors de communications récentes, confirmant une stratégie d'expansion qui va bien au-delà de la simple remise en état. L'objectif affiché est de permettre des opérations en double configuration — deux rampes actives sur un même site — ce qui représenterait un saut qualitatif significatif pour la capacité opérationnelle de Blue Origin en Floride.
New Glenn : vers une version encore plus puissante ?
La seconde rampe ne serait pas simplement une copie de LC-36A. Selon les éléments communiqués, elle serait dimensionnée pour accueillir une variante de New Glenn aux proportions supérieures à celles du lanceur actuellement en service. Blue Origin n'a pas encore précisé publiquement les caractéristiques techniques exactes de cette version, notamment sa capacité en orbite ou son diamètre de coiffe, mais l'existence même de ce projet confirme que la famille New Glenn est appelée à évoluer.
New Glenn a effectué ses premiers vols opérationnels depuis 2025, positionnant Blue Origin sur le marché des lanceurs lourds en concurrence directe avec le Falcon 9 et le Falcon Heavy de SpaceX, le Vulcan Centaur d'United Launch Alliance, ou encore Ariane 6 d'Arianespace côté européen. Une version upscalée du lanceur permettrait à la société d'adresser des marchés à plus haute valeur ajoutée, notamment les missions institutionnelles et les constellations de grande envergure.
Un calendrier encore flou, des enjeux très concrets
Blue Origin n'a pas communiqué de date précise pour la mise en service de cette seconde rampe. La restauration de LC-36A reste la priorité immédiate, et la construction d'une nouvelle infrastructure de ce type requiert généralement plusieurs années de travaux, d'homologations et d'intégration avec les systèmes de sécurité de la base de lancement de Cap Canaveral, gérée par la Space Force américaine.
La capacité à opérer simultanément depuis deux rampes distinctes offrirait à Blue Origin une résilience accrue : en cas de problème technique sur l'une, l'autre pourrait prendre le relais sans interrompre le calendrier de lancement. C'est précisément ce type d'infrastructure redondante que SpaceX a développé au fil des années à la Space Launch Complex 40 et au LC-39A, lui conférant un avantage opérationnel considérable.
Si Blue Origin parvient à concrétiser ce projet dans des délais raisonnables, le paysage des lanceurs lourds commerciaux depuis la côte est des États-Unis pourrait se trouver notablement remodelé d'ici la fin de la décennie.


