Depuis une annonce formulée en février dernier, la NASA a profondément remanié la portée d'Artemis III. Ce qui devait être le premier alunissage habité depuis Apollo 17 en 1972 est désormais repositionné comme une mission de validation en orbite terrestre basse. L'agence a commencé à partager les grandes lignes de cette nouvelle architecture au cours des dernières semaines, tout en reconnaissant que plusieurs décisions fondamentales restent à arrêter.
Un objectif orbital, deux atterrisseurs à l'épreuve
Le cœur de la mission consiste à tester, en conditions réelles et avec équipage, les manœuvres de rendez-vous et d'amarrage entre le vaisseau Orion et deux atterrisseurs lunaires commerciaux : le Human Landing System (HLS) de Blue Origin, baptisé Blue Moon, et le Starship HLS de SpaceX. Ces deux véhicules ont été contractés par la NASA dans le cadre de son programme d'atterrisseurs commerciaux, mais aucun n'a encore été qualifié en vol avec des astronautes à bord.
L'idée est de placer Orion en orbite basse terrestre, d'y faire monter les deux atterrisseurs, et de procéder à des séquences d'approche et de couplage. Ce test grandeur nature doit permettre de consolider les procédures opérationnelles avant qu'un équipage ne tente effectivement d'atteindre le pôle Sud lunaire lors d'une mission ultérieure.
Un calendrier sous pression, des choix encore en suspens
La NASA indique travailler rapidement pour figer le concept d'opérations de la mission, mais plusieurs éléments restent flous. Le profil orbital exact, la durée de la mission, la composition précise de l'équipage et les scénarios de contingence sont encore en cours de définition. Selon les informations disponibles, le lancement est ciblé pour 2027, ce qui laisse un délai relativement court pour finaliser des procédures d'une complexité inédite.
Le SLS (Space Launch System) et Orion, développés par NASA en partenariat avec Lockheed Martin et Boeing, poursuivent leurs opérations de préparation. Les équipes travaillent sur l'intégration des systèmes et la définition des interfaces entre Orion et les deux atterrisseurs commerciaux, dont les architectures techniques diffèrent sensiblement l'une de l'autre.
Un programme Artemis qui s'adapte, non sans risques
Ce pivot stratégique reflète les difficultés persistantes du programme. Les retards accumulés sur le développement des atterrisseurs, les contraintes budgétaires et les incertitudes politiques autour de l'orientation de la politique spatiale américaine ont conduit l'agence à insérer une mission intermédiaire. L'objectif affiché est de réduire les risques avant d'envoyer des astronautes à la surface lunaire.
Certains observateurs s'interrogent toutefois sur la logique de faire voler deux atterrisseurs concurrents lors d'une même mission en orbite terrestre basse, une configuration qui n'a pas d'équivalent historique. D'autres soulignent que cette approche pragmatique pourrait, si elle réussit, renforcer la confiance dans l'ensemble de l'architecture Artemis avant le grand saut vers la Lune.
La NASA devrait préciser davantage ses plans dans les prochains mois, à mesure que les revues techniques avancent et que les décisions contractuelles avec SpaceX et Blue Origin se concrétisent.

