Huit ans pour parcourir moins d'une unité astronomique
Lancée en octobre 2018 par Arianespace depuis le Centre spatial guyanais, la sonde BepiColombo est le fruit d'une collaboration entre l'Agence spatiale européenne (ESA) et l'Agence japonaise d'exploration aérospatiale (JAXA). Atteindre Mercure, la planète la plus proche du Soleil, n'est paradoxalement pas une mince affaire : il faut non pas accélérer, mais freiner considérablement pour ne pas être aspiré par l'attraction solaire. Ce défi gravitationnel a contraint la mission à enchaîner neuf survols planétaires — dont un de la Terre, deux de Vénus et six de Mercure elle-même — avant de pouvoir tenter une capture orbitale définitive.
Le 3 septembre 2026, cette phase critique a officiellement débuté. Les équipes au sol du Centre européen des opérations spatiales (ESOC), à Darmstadt, ont suivi en direct les premières manœuvres d'insertion, retransmises en direct sur les canaux de l'ESA. La complexité de l'opération tient aussi à la chaleur extrême régnant à proximité de Mercure : les instruments embarqués doivent fonctionner dans un environnement où le flux solaire est dix fois supérieur à celui reçu en orbite terrestre.
Une architecture de mission en deux modules
BepiColombo est constituée de deux orbiteurs distincts qui voyagent arrimés l'un à l'autre depuis le départ. Le Mercury Planetary Orbiter (MPO), conçu par l'ESA, se concentrera sur la cartographie de la surface et de la composition géochimique de la planète. Le Mercury Magnetospheric Orbiter (MMO), développé par la JAXA sous le nom de Mio, étudiera quant à lui le champ magnétique mercurien et ses interactions avec le vent solaire.
Les deux modules doivent se séparer une fois la phase de capture orbitale achevée, chacun rejoignant son orbite de travail respective. Cette architecture duale est inédite pour une mission d'exploration de Mercure et permettra d'obtenir des mesures simultanées depuis deux positions différentes autour de la planète — un atout scientifique considérable.
Ce que BepiColombo espère révéler
Mercure reste l'une des planètes les moins bien comprises du Système solaire. Seule la mission américaine MESSENGER de la NASA, active entre 2011 et 2015, avait jusqu'ici fourni des données orbitales détaillées. BepiColombo ambitionne de dépasser ce précédent sur plusieurs points : comprendre l'origine du champ magnétique mercurien — anormalement puissant pour une si petite planète —, analyser la composition des dépôts de glace d'eau supposés dans les cratères polaires perpétuellement dans l'ombre, et reconstituer l'histoire géologique de cette planète densément ferreuse.
Les résultats scientifiques ne sont pas attendus immédiatement : la phase opérationnelle nominale débutera plusieurs mois après la capture orbitale, le temps de stabiliser les trajectoires et de calibrer les instruments. Mais le franchissement de cette étape du 3 septembre marque la fin d'une longue traversée et l'ouverture d'une nouvelle page pour l'exploration du Système solaire interne. L'Europe et le Japon ont désormais un avant-poste autour de la planète de fer.


