NGC 4698, la spirale qui tourne contre elle-même
À quelque 55 millions d'années-lumière dans la constellation de la Vierge, la galaxie NGC 4698 offre en apparence un visage tranquille. Les nouvelles images captées par le télescope spatial NASA/ESA Hubble montrent des bras spiraux ordonnés, une structure lumineuse et symétrique. Pourtant, derrière cette façade paisible se dissimule une anomalie dynamique rare : le bulbe central de la galaxie tourne selon un axe perpendiculaire à celui de son disque.
Ce phénomène, qualifié de découplage cinématique, suggère que NGC 4698 a vécu un passé turbulent. La théorie la plus plausible, selon les astronomes qui ont étudié cette galaxie, est qu'elle a absorbé une galaxie satellite à une époque reculée. Cette fusion aurait injecté du gaz et des étoiles dans une direction différente, imprimant au noyau une rotation discordante que le temps n'a pas encore effacée.
NGC 4698 appartient à l'amas de la Vierge, le plus grand agglomérat de galaxies de notre voisinage cosmique immédiat, qui regroupe plus d'un millier de membres liés par la gravité. Cette densité favorise précisément les interactions et les fusions qui façonnent — ou défigurent — la morphologie des galaxies spirales.
Messier 33, la troisième galaxie du Groupe Local
Le même 18 septembre, la NASA mettait en avant dans son Astronomy Picture of the Day une autre galaxie bien connue mais toujours fascinante : Messier 33, également nommée galaxie du Triangle. Située à environ 2,7 millions d'années-lumière dans la constellation du Triangle, elle constitue le troisième membre en importance du Groupe Local, l'ensemble gravitationnel qui réunit la Voie lactée, Andromède et une quarantaine de galaxies naines.
Avec un diamètre d'environ 60 000 années-lumière, Messier 33 est nettement plus petite qu'Andromède ou notre propre galaxie, mais elle abrite une activité de formation stellaire soutenue, visible dans ses régions H II — des nuages de gaz ionisé où naissent de jeunes étoiles massives et lumineuses. NGC 604, l'une de ces régions, est l'une des plus grandes nébuleuses d'émission connues dans tout le Groupe Local.
La proximité de Messier 33 en fait une cible de choix pour les astronomes cherchant à comprendre les mécanismes universels de la formation des étoiles et de l'évolution des galaxies de type spiral tardif.
Deux fenêtres ouvertes sur la dynamique galactique
Ces deux publications simultanées illustrent la richesse du programme d'observation de Hubble et la vitalité de l'initiative APOD, qui depuis plus de trente ans traduit la recherche astronomique en images accessibles au grand public. NGC 4698 rappelle que même les galaxies les plus sereines en apparence portent les cicatrices de leur histoire violente. Messier 33, elle, offre un laboratoire grandeur nature pour décrypter les processus qui ont aussi façonné notre propre Voie lactée.
À l'heure où le télescope spatial James Webb poursuit ses observations dans l'infrarouge profond, les données de Hubble continuent d'apporter des éléments essentiels dans les longueurs d'onde optiques et ultraviolettes — une complémentarité que la communauté scientifique internationale entend préserver le plus longtemps possible.


