Deux missions, un seul lanceur dominant

En septembre 2026, le Falcon 9 de SpaceX illustre mieux que jamais la concentration du marché des lancements gouvernementaux américains autour d'un seul opérateur privé. D'un côté, la NASA a annoncé l'ouverture des accréditations médias pour la 35e mission de ravitaillement commercial vers la Station spatiale internationale, prévue au plus tôt en octobre. De l'autre, une charge utile de sécurité nationale pour l'United States Space Force a décollé depuis la base de Vandenberg le 15 septembre, à 2h18 UTC, depuis le pas de tir 4E.

Ces deux missions, séparées de quelques jours seulement, illustrent l'étendue du portefeuille contractuel de SpaceX : services commerciaux de ravitaillement d'un côté, contrats de défense de l'autre. Le Falcon 9 n'est plus seulement un outil du NewSpace ; il est devenu une infrastructure critique de la politique spatiale américaine.

CRS-35 : science et logistique vers l'ISS

La 35e mission du programme Commercial Resupply Services, communément désignée CRS-35, transportera à bord du vaisseau Dragon un ensemble d'expériences scientifiques, de consommables et d'équipements destinés à l'équipage en orbite. La NASA n'a pas encore précisé la liste exacte des expériences embarquées, mais chaque rotation de ravitaillement constitue un maillon essentiel dans la continuité opérationnelle de l'ISS, dont la durée de vie est désormais programmée jusqu'en 2030.

Ce contrat CRS de deuxième génération lie SpaceX à la NASA depuis 2016 et prévoit un minimum de six missions. CRS-35 représente donc la maturité industrielle d'un partenariat qui a profondément reconfiguré la relation entre l'agence spatiale fédérale et le secteur privé américain.

Vandenberg et les satellites classifiés : la face discrète du Falcon 9

Moins médiatisée mais tout aussi stratégique, la mission lancée depuis Vandenberg transportait un nombre non précisé de satellites au service de la sécurité nationale américaine. La nature exacte de la charge utile reste classifiée, conformément aux pratiques habituelles pour les contrats attribués via la Space Systems Command ou des agences de renseignement partenaires.

La base de Vandenberg, située sur la côte californienne, est le site privilégié pour les orbites polaires et héliosynchrones, particulièrement adaptées à la surveillance et à la reconnaissance. Ce type de mission s'inscrit dans une stratégie plus large de la Space Force visant à accroître la résilience et la redondance de ses constellations satellitaires face à des menaces orbitales croissantes.

SpaceX ne communique généralement pas sur le contenu de ces lancements, et aucun détail supplémentaire n'était disponible au moment de la publication de cet article.

Un agenda serré qui interroge sur la dépendance

La succession rapide de ces missions pose une question que les décideurs américains commencent à formuler ouvertement : jusqu'où peut-on concentrer l'accès à l'espace sur un seul prestataire, aussi fiable soit-il ? United Launch Alliance reste présente sur le segment des charges utiles sensibles avec le Vulcan Centaur, et Rocket Lab monte en puissance avec son lanceur Neutron en développement. Mais pour l'heure, le Falcon 9 demeure le véhicule de référence, enchaînant les décollages à un rythme qu'aucun concurrent ne peut encore égaler.

La prochaine fenêtre de lancement pour CRS-35 permettra de mesurer si ce rythme peut se maintenir sans accroc tout au long de l'automne 2026.