Un troisième tir qui ancre la routine maritime
La société commerciale chinoise Orienspace a procédé mardi soir au troisième lancement de son lanceur solide Gravity-1, depuis une plateforme en mer au large de Shanghai. L'engin de 30 mètres de hauteur a déposé neuf satellites en orbite, confirmant la capacité d'Orienspace à opérer des missions maritimes à un rythme régulier. Ce type de lancement depuis la mer offre une flexibilité géographique appréciable : les zones maritimes permettent de choisir des azimuts de tir difficilement accessibles depuis les bases terrestres chinoises, tout en limitant les risques pour les populations au sol.
Gravity-1 est un lanceur entièrement à propulsion solide, ce qui lui confère une mise en œuvre plus rapide qu'un équivalent à ergols liquides. L'absence de remplissage de carburant au dernier moment simplifie les opérations logistiques en mer, un environnement naturellement contraignant. Orienspace rejoint ainsi un club encore restreint d'acteurs capables de lancer depuis l'océan, aux côtés de l'entreprise d'État chinoise CASC, qui utilise depuis 2019 une barge dans la mer Jaune pour son lanceur Longue Marche 11.
Le NewSpace chinois taille sa place dans le calendrier mondial
Ce lancement s'inscrit dans une séquence chargée pour l'industrie spatiale commerciale chinoise. Plusieurs lanceurs privés et semi-privés sont attendus dans les prochaines semaines, illustrant la montée en puissance d'un écosystème qui, il y a encore cinq ans, n'avait réalisé aucun tir orbital commercial réussi. Des entreprises comme LandSpace, CAS Space ou encore iSpace multiplient les tentatives et les réussites, souvent dans des délais que leurs homologues occidentaux jugent remarquablement courts.
Cette effervescence contraste avec les difficultés rencontrées ailleurs. SpaceX a récemment dû interrompre une tentative de lancement du vol 13 de Starship avant l'allumage, repoussant à une date encore indéterminée ce treizième essai du méga-lanceur en développement. Si SpaceX reste le pivot de l'industrie commerciale mondiale avec son Falcon 9 aux cadences élevées, les contretemps de Starship rappellent que même les acteurs les mieux rodés font face à des aléas techniques.
Solide contre liquide : deux philosophies de lancement
Le choix de la propulsion solide pour Gravity-1 mérite d'être souligné. Contrairement aux lanceurs à ergols liquides, un moteur solide ne peut pas être étranglé ni arrêté une fois allumé. Cela implique une qualification rigoureuse en amont, mais garantit en retour une fiabilité mécanique et une simplicité d'exploitation appréciées pour les petites charges utiles. Gravity-1 cible des satellites de classe petite à moyenne, un segment en forte croissance avec l'émergence des constellations en orbite basse.
La Chine exploite désormais plusieurs gammes de lanceurs solides commerciaux, positionnés sur des créneaux distincts en termes de masse et d'orbite. Cette diversification réduit la dépendance à un seul type de vecteur et renforce la résilience globale du secteur spatial national.
Le troisième succès consécutif de Gravity-1 depuis la mer soulève une question à laquelle les acteurs du NewSpace mondial devront bientôt répondre : dans quelle mesure les lanceurs solides maritimes chinois pourraient-ils capter une part des contrats de mise en orbite aujourd'hui dominés par des opérateurs occidentaux ou américains ?


