Un partenariat à la croisée du spatial et de la finance

L'Agence spatiale européenne (ESA) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ont officialisé, début juin 2025, un accord de coopération destiné à transformer la manière dont les données issues de l'observation de la Terre peuvent alimenter les décisions de financement à vocation développementale. Ce rapprochement entre un acteur institutionnel du spatial et une banque multilatérale de développement marque une évolution notable dans l'usage opérationnel des technologies spatiales.

Concrètement, l'accord prévoit d'exploiter les capacités des satellites européens — notamment ceux de la constellation Copernicus — pour produire des indicateurs mesurables et vérifiables sur des thématiques aussi variées que l'évolution du couvert forestier, la qualité des infrastructures agricoles, l'étalement urbain ou encore la résilience climatique des territoires. Ces données, actualisées régulièrement et couvrant des zones géographiques larges, présentent un intérêt direct pour évaluer l'impact réel des projets financés par la BERD dans ses pays d'intervention, principalement en Europe centrale, orientale et dans le voisinage méridional de l'Union européenne.

L'observation de la Terre comme outil de mesure de l'impact

La finance à impact repose sur un principe fondamental : mesurer objectivement les effets environnementaux, sociaux et économiques des investissements réalisés. Or, cette mesure reste souvent difficile à réaliser sur le terrain, faute de données suffisamment granulaires, continues et comparables dans le temps. C'est précisément là qu'intervient l'observation satellitaire.

Les capteurs embarqués sur les satellites de l'ESA peuvent surveiller, de façon continue et indépendante, des indicateurs environnementaux clés : taux de déforestation, qualité de l'air, état des zones humides, progression de la désertification ou encore efficacité énergétique des bâtiments via leur empreinte thermique. Pour une institution comme la BERD, qui s'est engagée à aligner une part croissante de ses financements sur les objectifs climatiques de l'Accord de Paris, disposer d'outils de suivi satellitaire fiables représente un avantage opérationnel considérable.

L'ESA apporte à ce partenariat non seulement l'accès à ses archives de données et à ses capacités techniques d'analyse, mais également l'expertise de ses équipes spécialisées dans la valorisation des données d'observation pour des applications non purement scientifiques. Ce type de transfert de compétences vers des utilisateurs institutionnels non spatiaux constitue l'un des axes stratégiques de l'agence dans le cadre de son programme d'applications.

Vers une standardisation des données spatiales dans la finance verte

Au-delà de cet accord bilatéral, c'est une tendance de fond qui se dessine : les institutions financières internationales cherchent de plus en plus à intégrer des données géospatiales dans leurs cadres d'évaluation et de reporting. La BERD n'est pas la première à s'engager dans cette direction, mais son partenariat avec l'ESA lui confère un accès privilégié à une infrastructure satellitaire publique européenne de premier plan.

La question de la standardisation reste cependant entière. Pour que les données d'observation de la Terre deviennent un outil véritablement universel dans la finance à impact, des efforts importants de normalisation méthodologique seront nécessaires, afin que les indicateurs produits soient comparables d'un projet à l'autre et acceptés par l'ensemble des parties prenantes — investisseurs, régulateurs et bénéficiaires. L'accord ESA-BERD pourrait, à terme, constituer un modèle de référence pour d'autres partenariats similaires à l'échelle internationale.