En moins de quarante-huit heures, deux nouvelles nations ont rejoint le cadre diplomatique spatial coordonné par les États-Unis. La Serbie a signé les Accords Artemis jeudi 17 juillet lors d'une cérémonie organisée au siège de la NASA à Washington, devenant ainsi le 69e pays à rejoindre ce texte fondateur. Le lendemain, la République de Maurice formalisait à son tour son adhésion lors d'une cérémonie tenue dans la ville d'Ébène, devenant le 70e signataire.
Un cap symbolique pour la diplomatie spatiale américaine
Initiés en 2020 par la NASA et le département d'État américain, les Accords Artemis constituent un ensemble de principes non contraignants destinés à encadrer les activités humaines dans l'espace : transparence des opérations, partage des données scientifiques, interopérabilité des systèmes de secours, préservation du patrimoine spatial et gestion responsable des ressources extraterrestres. Le franchissement du seuil des 70 signataires témoigne de l'attractivité persistante de ce cadre, même si son caractère non contraignant lui est régulièrement reproché par ses détracteurs.
Le sous-administrateur de la NASA, Matt Anderson, a participé par visioconférence à la cérémonie mauricienne, soulignant l'engagement de l'agence envers une coopération internationale élargie. Maurice devient par ailleurs le septième pays africain à rejoindre les Accords, après le Nigeria, le Rwanda, l'Angola, l'Éthiopie, le Togo et l'Égypte — un signal notable pour un continent dont les ambitions spatiales se structurent progressivement.
La Serbie, entre deux pôles d'attraction géopolitiques
L'adhésion de la Serbie revêt une dimension particulière sur le plan géopolitique. Belgrade avait en effet signé, plus de deux ans auparavant, un accord de coopération avec la Chine autour du projet de station lunaire internationale (ILRS), l'initiative portée conjointement par la CNSA et Roscosmos en concurrence directe avec le programme Artemis de la NASA. En rejoignant aujourd'hui les Accords, la Serbie envoie un signal d'équilibre — ou d'ambiguïté stratégique, selon les lectures — dans un contexte de compétition spatiale de plus en plus polarisée entre Washington et Pékin.
La NASA a rappelé lors de la signature à Washington que les liens entre la Serbie et l'agence américaine remontent à l'époque du programme Apollo, ancrant ainsi cette adhésion dans une continuité historique. Aucune contrainte exclusive n'est formellement imposée aux signataires des Accords Artemis, ce qui permet à des États comme la Serbie de maintenir des coopérations avec plusieurs puissances spatiales simultanément.
Une liste qui s'allonge, des questions qui demeurent
Avec 70 signataires, les Accords Artemis constituent désormais l'un des mécanismes de gouvernance spatiale les plus larges jamais constitués. Pourtant, plusieurs grandes puissances spatiales restent absentes de la liste : la Chine, la Russie, mais aussi l'Inde — bien qu'une adhésion de New Delhi ait été évoquée à plusieurs reprises dans les cercles diplomatiques sans se concrétiser à ce jour.
L'élargissement continu du nombre de signataires renforce la légitimité politique du cadre américain, mais pose aussi la question de sa capacité à produire des normes réellement opposables à l'échelle internationale. À mesure que les missions lunaires habitées se rapprochent — Artemis III étant toujours programmée pour poser des astronautes sur la Lune — la valeur pratique de ces engagements diplomatiques sera testée sur le terrain de la coopération concrète.


