Deux levées de fonds en quarante-huit heures

Le début du mois de septembre 2026 marque une séquence notable pour le NewSpace européen. En l'espace de deux jours, deux sociétés spécialisées dans les services de lancement ont communiqué sur des extensions de leurs tours de financement respectifs. L'allemand HyImpulse a annoncé le 2 septembre un abondement de plus de 50 millions d'euros à son tour de Série A, portant le total des fonds levés par l'entreprise depuis sa création à 125 millions d'euros. La veille, l'espagnol PLD Space révélait avoir ajouté 108 millions d'euros supplémentaires à son tour de Série C, dont la taille cumulée atteint désormais 288 millions d'euros — après un premier closing à 180 millions d'euros annoncé début mars.

Ces deux opérations, bien que de nature et d'ampleur différentes, témoignent d'un intérêt soutenu des investisseurs privés pour les acteurs européens du lancement commercial, un segment longtemps dominé par des agences publiques ou des géants américains comme SpaceX et Rocket Lab.

Des feuilles de route opérationnelles précises

Au-delà des chiffres, ce qui retient l'attention, c'est la maturité affichée par les deux entreprises sur le plan technique. HyImpulse, dont le siège est en Allemagne, prépare actuellement le deuxième vol de son lanceur suborbital SR75, propulsé à la paraffine et à l'oxyde nitreux — une combinaison de propergols hybrides qui constitue la signature technologique de la société. Dans le même temps, l'entreprise avance sur les préparatifs du vol inaugural de son lanceur orbital SL1, destiné à placer de petites charges utiles en orbite basse.

Du côté de PLD Space, basé à Elche, en Espagne, l'enjeu immédiat est le premier lancement de la fusée Miura 5, prévu dans le courant de l'année. Ce lanceur de petit gabarit vise le marché des nanosatellites et microsatellites en orbite basse, un segment en forte croissance portée par la multiplication des constellations commerciales. La société avait déjà effectué un vol suborbital réussi avec son démonstrateur Miura 1 en 2023, ce qui lui avait permis de crédibiliser sa trajectoire auprès des investisseurs.

L'Europe à la recherche de son autonomie dans le NewSpace

Ces annonces interviennent dans un contexte plus large de repositionnement de l'Europe spatiale. Après des années de débats autour de l'avenir d'Arianespace et du lanceur Ariane 6, dont le développement a accusé plusieurs années de retard, la Commission européenne et l'Agence spatiale européenne (ESA) ont affiché leur volonté de soutenir l'émergence d'acteurs privés continentaux capables de concurrencer les offres américaines sur le marché des petits lanceurs.

HyImpulse et PLD Space incarnent deux approches distinctes — l'une axée sur la propulsion hybride, l'autre sur une architecture plus conventionnelle — mais partagent le même objectif : offrir aux opérateurs de satellites européens et internationaux une alternative crédible et compétitive. Si les prochains vols se déroulent selon les calendriers annoncés, l'automne 2026 pourrait marquer un point d'inflexion concret pour le secteur. Les investisseurs, visiblement, y croient.