Messier 64, la galaxie à l'œil noir vue sous un nouveau jour
Le 20 mars 2026, les équipes scientifiques de la NASA ont pointé simultanément deux des instruments les plus puissants jamais placés en orbite vers Messier 64, connue sous le nom de galaxie à l'œil noir. L'image composite rendue publique le 12 juin combine les données du télescope spatial Hubble et celles du James Webb Space Telescope, offrant une perspective à plusieurs longueurs d'onde impossible à obtenir avec un seul instrument.
Hubble, dont les capteurs couvrent le spectre ultraviolet, le visible et le proche infrarouge, restitue la structure lumineuse des populations stellaires jeunes et anciennes. Webb, de son côté, explore les bandes du proche et du moyen infrarouge, révélant la distribution de poussières froides et de gaz moléculaires qui demeurent invisibles dans le spectre optique. La combinaison des deux instruments donne à voir Messier 64 sous un angle inédit : la bande sombre caractéristique qui vaut à cette galaxie son surnom apparaît ici non seulement comme un voile opaque de poussières, mais comme une région dynamique où matière et rayonnement interagissent à des températures et des densités très différentes.
Messier 64, localisée à environ 17 millions d'années-lumière dans la constellation de la Chevelure de Bérénice, est depuis longtemps étudiée pour sa structure interne atypique : son disque extérieur tourne en sens inverse par rapport à son cœur, ce qui suggère une fusion galactique passée. Les nouvelles données de Webb devraient permettre aux chercheurs d'affiner les modèles décrivant cette cinématique particulière.
MACS0329-0211 : un essaim de galaxies au service de la cosmologie
La même journée, la NASA publiait une seconde image issue du seul Hubble, cette fois centrée sur l'amas de galaxies MACS0329-0211. Visuellement dense, ce champ révèle des dizaines de galaxies de morphologies variées — elliptiques, spirales, irrégulières — regroupées sous l'effet de leur attraction gravitationnelle mutuelle.
Les amas de galaxies sont parmi les structures les plus massives de l'univers observable. Leur masse totale, dominée à environ 85 % par de la matière noire selon les estimations actuelles, déforme l'espace-temps de façon mesurable. Ce phénomène, prédit par la relativité générale d'Einstein, crée des effets de lentille gravitationnelle : la lumière d'objets encore plus lointains est courbée et amplifiée en passant à proximité de l'amas, permettant d'observer des galaxies situées bien au-delà de ce que les instruments atteindraient sans cet effet naturel.
MACS0329-0211 est précisément l'un de ces amas utilisés comme lentilles naturelles par les astronomes pour sonder l'univers primordial. Hubble, opérationnel depuis 1990 et toujours scientifiquement actif malgré son âge, continue de produire des données de référence sur ce type d'objets.
Une complémentarité qui redéfinit l'astronomie observationnelle
Ces deux publications simultanées illustrent une stratégie d'observation que la NASA et ses partenaires, notamment l'Agence spatiale européenne (ESA) et l'Agence spatiale canadienne (CSA), ont progressivement mise en place depuis la mise en service de Webb en 2022. Plutôt que d'opposer les deux télescopes, les équipes scientifiques les associent pour couvrir un spectre électromagnétique bien plus large qu'aucun des deux instruments ne pourrait couvrir seul.
Hubble apporte la résolution angulaire dans le visible et l'ultraviolet, Webb apporte la sensibilité thermique dans l'infrarouge moyen. Ensemble, ils permettent de caractériser les populations stellaires, la poussière interstellaire, l'histoire de la formation des étoiles et la structure à grande échelle de l'univers avec une précision sans précédent. La question qui reste ouverte est celle de la durée de vie opérationnelle de Hubble : si aucune mission de maintenance n'est actuellement prévue, son remplacement éventuel par un successeur dédié à l'ultraviolet fait l'objet de discussions au sein de la communauté astronomique internationale.

