Un objet mal classé depuis des décennies
Pendant longtemps, Terzan 5 a figuré dans les catalogues astronomiques sous l'étiquette d'amas globulaire, ces sphères denses d'étoiles anciennes qui gravitent en périphérie des grandes galaxies. Mais une équipe internationale de chercheurs vient de démontrer, grâce aux télescopes spatiaux James Webb (NASA/ESA/CSA) et Hubble (NASA/ESA), que cette classification était erronée. Terzan 5 est en réalité quelque chose de bien plus singulier : le prototype d'une toute nouvelle catégorie d'objets baptisés bulge fossil fragments, ou « fragments fossiles du bulbe ».
La distinction n'est pas anodine. Un amas globulaire classique présente une population stellaire homogène, issue d'une même époque de formation. Or Terzan 5 abrite des étoiles de générations très différentes, séparées par plusieurs milliards d'années. Cette diversité trahit une histoire complexe, propre à un fragment de proto-galaxie ayant survécu intact jusqu'à aujourd'hui, enfoui au cœur du bulbe galactique.
Un fossile vivant au cœur de notre galaxie
Le bulbe galactique, cette région centrale et dense qui renfle au milieu de la Voie lactée, s'est constitué dans les premiers milliards d'années de l'histoire de l'univers. Terzan 5 serait l'un des rares rescapés de cette époque fondatrice : un morceau de la matière originelle qui a échappé aux fusions, aux disruptions gravitationnelles et aux cycles incessants de formation stellaire qui ont reconfiguré le reste de la galaxie.
Les observations combinées de Webb et Hubble ont permis aux chercheurs de distinguer avec une précision inédite les différentes populations d'étoiles au sein de Terzan 5, malgré la densité extrême de la région et les nuages de poussière interstellaire qui l'obscurcissent. Webb, grâce à sa sensibilité en infrarouge, s'est avéré particulièrement adapté à percer ce voile opaque, là où Hubble, opérant principalement dans le visible, atteignait ses limites.
Une exoplanète rôtie, même semaine de révélations
Dans un registre différent, une autre équipe utilisant le télescope James Webb a également présenté cette semaine ses analyses de HD 80606 b, une géante gazeuse dont la masse représente environ quatre fois celle de Jupiter. Ce qui rend cet exoplanète remarquable, c'est son orbite extrêmement elliptique : elle plonge périodiquement à très faible distance de son étoile hôte, de type solaire, avant de s'en éloigner à nouveau. Lors de ces passages rapprochés, l'atmosphère de la planète subit une montée en température brutale et spectaculaire, un phénomène que Webb est désormais capable de cartographier avec une résolution temporelle fine.
Ces deux annonces, publiées le même jour, illustrent l'étendue du champ d'investigation du télescope spatial James Webb : de l'étude des atmosphères planétaires dans notre voisinage galactique à la reconstitution de l'histoire profonde de la Voie lactée elle-même.
La confirmation de l'existence des fragments fossiles du bulbe ouvre une nouvelle piste pour comprendre comment les galaxies spirales comme la nôtre se sont assemblées. Si d'autres objets similaires à Terzan 5 sont identifiés, ils pourraient constituer autant de fenêtres directes sur les premiers âges cosmiques — sans qu'il soit nécessaire de pointer les instruments vers les confins les plus lointains de l'univers observable.


